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Ainsi était intitulé un article paru en octobre 1968 dans une revue nationale. A la même époque Aimé Jacquet faisait ses débuts en équipe de France... en tant que joueur.

Voici cet article dans son intégralité. 

Pour donner un ton un peu plus nostalgique, et aussi pour faciliter la lecture de ce texte passionnant, nous vous proposons un petit fond sonore. Bonne lecture !




Un sacré tiercé : Lemenan, Guillot, Pellegrini ( de gauche à droite)

 

l y a un an, Giovanni Pellegrini que Rennes avait souhaité un moment transférer 16 millions d'A.F. à Marseille, puis 7 millions d'A.F. à Lorient ou au défunt Stade de Paris, rachetait son contrat et disparaissait du football pro.

Au mois d'août dernier, Philippe Lemenan, l'arrière central de l'équipe de Reims rachetait son contrat et à 27 ans - il les aura au mois de décembre - disparaissait lui aussi du football pro.
"Pellé" et Lemenan étaient-ils entré en religion ? Que non pas. Les deux garçons se trouvent tout simplement jouer maintenant en compagnie de l'ancienne vedette du Racing Club de Paris Jean Guillot en Division d'Honneur à Montmorillon.

Lorsqu'en 1965, Jean Guillot devint entraîneur de Montmorillon, tout le monde ignorait le "coin". Depuis, on s'est posé des questions.

Alors, Montmorillon qu'est ce que c'est ? Où cela se trouve-t-il ?

Eh bien, Montmorillon, c'est une petite sous-préfecture de la Vienne, à 50 km de Poitiers et à 80 km de Limoges où il y a un peu plus de 6.000 habitants. C'est un petit pays plein d'arbres et de verdure que traverse une calme rivière au nom d'opérette, la Gartempe.
"L'été, c'est très agréable", explique Jean Guillot (et reposant), mais l'ancien Parisien ajoute aussitôt : "Pourtant, ma femme et moi, nos vacances nous les passons à Asnières. Nous sommes comme ça... Loin d'Asnières, nous nous trouvons presqu'à l'étranger. Alors, lorsqu'on le peut, nous allons respirer l'air du pays !..."

 

 La pêche et la chasse

uant à l'équipe de Montmorillon, lorsque Guillot l'a prise en main, elle végétait en promotion d'honneur et dans cet aimable pays où la pêche et la chasse sont fort à la mode, "Jeannot" éprouva d'abord quelques peines à faire comprendre à certains joueurs qu'il y avait temps pour tout et que lorsqu'on avait décidé de jouer un match le dimanche, il convenait de ne pas choisir ce moment précis pour aller à la chasse. Et les choses sont tout aussitôt rentrées dans le rang.

Aujourd'hui, Montmorillon entame sa deuxième saison en Division d'Honneur et la saison dernière, "en s'amusant", l'équipe s'est classée troisième. A un point du second, La Rochelle. Et, cette année, Jean Guillot - qui la saison dernière a marqué dix-sept buts - vise le C.F.A.

Guillot est resté toujours le même : sa reprise de volée est aussi soudaine et précise, son bon sens aussi solide, son goût de la vérité aussi précis (cela lui a coûté quelques sélections).

"Que Lemenan vienne à Montmorillon après Pellegrini, c'est impensable constate-t-il, cela semblerait condamner dans une certaine mesure le football pro. Je trouve cela inimaginable. mais finalement, je suis très heureux d'en profiter... Les choses étant ce qu'elles sont, il serait stupide de ne pas en tirer le meilleur parti."

A Montmorillon lorsqu'il arriva, Jean Guillot, qui avait refusé de nombreuses offres de clubs, entra dans l'usine de meubles de cuisine qu'a créé, en 1959, Jean Ranger, un homme de 37 ans, né à 5 km de là et qui, quelques mois avant la venue de "Jeannot", avait été nommé président du club.

"C'est que je préférais de beaucoup, explique Guillot, trouver un travail intéressant et stable, plutôt que de me contenter d'être joueur-entraîneur à la merci d'un coup de tête, d'une saute d'humeur de quelques dirigeants."

 

 Directeur Commercial Adjoint

ujourd'hui, Guillot est directeur commercial adjoint d'une usine qui emploie 600 ouvriers - dont certains sont amenés en cars de Poitiers - et occupe une surface couverte de 30.000 m2. Les meubles de cuisine y sont fabriqués à la chaîne. "Salvarani", la marque extra-sportif de matériel de cuisine qui fait courir Gimondi, compte la firme de Jean ranger parmi ses plus dangereux concurrents, car celle-ci commence à vendre en Belgique, en Allemagne et en Angleterre. Dans l'usine, certains ouvriers pour aller d'un atelier à l'autre se déplacent à mini-vélo.

Jean Guillot est au bureau presque tous les matins à 7 h. 30. Les ouvriers sortent à 17 h. 30, mais lui n'a pas d'heure de sortie, sauf les mardi et jeudi, jours d'entraînement de l'équipe, de 18 h. à 20 h., sur un terrain qui borde la route de Limoges, face à la piscine.

De son côté, "Vanni" (comme l'appelle Guillot) Pellegrini est représentant et il rayonne sur cinq départements : Vendée, Deux-Sèvres, Vienne, Indre-et-loire et Loir-et-Cher. Il est sur les routes dès le lundi matin. Il gagne le triple de ce qu'il touchait à Rennes. Quant à Lemenan, le dernier arrivé, le temps de se mettre au courant et il prendra également la route. La Nièvre, le Doubs et d'autres départements l'attendent.

Ainsi, ce n'est pas tellement le football qui commande à Montmorillon, mais puisque trois remarquables techniciens se trouvent tout à coup réunis, pourquoi ne pas essayer de grimper d'un échelon. de réaliser avec l'équipe de foot ce que Jean Ranger a réussi avec son usine, puisqu'au début il n'avait que dix-sept ouvriers.

D'ailleurs, le nombre des spectateurs de moyenne au stade municipal monte également. Au début, lorsque Guillot est arrivé, l'équipe jouait devant moins de 200 personnes. Puis le chiffre est passé à 400 et, la saison dernière, à 800. cette saison, on espère "faire" 1.000 de moyenne, mais ce que l'on sait en tout cas, c'est que le derby Montmorillon-Chauvigny (à 25 km) fera le plein avec 2.700 spectateurs, au mois d'octobre. Jean Guillot, s'est installé là par méfiance de l'aventure. Il a réussi une remarquable reconversion qui n'étonne pas de la part de ce garçon intelligent, plein de tact, de délicatesse et qui pimente le tout d'un solide et impayable esprit parisien.

Lorsqu'il jouait au Racing, Guillot, garçon un rien timide, ne revendiquait jamais. C'est peut-être pour cela qu'on lui a souvent marché sur les pieds - sauf sur un terrain bien sûr - mais pourtant une fois, il eut une satisfaction qu'il n'avait, bien sûr, pas sollicité : "M. Dehaye, raconte-t-il, m'avait convoqué pour revoir mon contrat, car, finalement j'étais devenu titulaire. il m'a proposé un chiffre. J'ai accepté. il m'a demandé "cela te va". J'ai dit oui. Alors, il m'a donné plus."

Giovanni Pellegrini, qu'on ne voulait plus à Rennes, qui ne tenait pas à venir à Paris - il avait finalement bien raison- a atterri à Montmorillon grâce à Boutet qu'on avait d'abord contacté, mais qui ne pouvait répondre à la sollicitation et c'est l'actuel Lorientais qui recommanda "Pellé".

 

 Pellé puis Lemenan

uant à Lemenan, le dernier arrivé, c'est la saison dernière qu'il commença à en avoir assez du football professionnel. Il avait même confié à un ami : "Si tu entends parler d'un travail intéressant, je laisse tomber."

Et puis l'ami en question l'a "branché" sur Montmorillon quelques mois plus tard. Lemenan a racheté son contrat et est arrivé dare-dare dans la Vienne, tandis que sa femme était restée à Reims pour "régler les affaires courantes". L'homme et le footballeur - qu'il est quand même resté - ont conquis d'emblée ses nouveaux dirigeants.

"Et, dit-il, j'ai même ici retrouvé le goût de jouer que j'avais perdu. J'étais arrivé dans le football pro plein d'ambitions, tout feu tout flamme. Je m'étais dit : il faudrait que tu puisses réussir en deux ans à t'imposer. Malheureusement, je me suis trouvé au début d'une mauvaise époque et pour moi plus cela allait, moins c'était bon. Il était temps que j'arrête les frais.


D'ailleurs personne ne me pardonnait rien. On a toujours vu ce que j'ai pu faire de mal, mais jamais ce qu'il m'est arrivé de faire de bien. Ici, on est content de ce que je réussis, alors cela me fait plaisir." D'autre part, en un temps record, Philippe s'est mis parfaitement au courant de la marche de l'usine. A tel point que c'est lui qui, en l'absence de son président - obligé d'effectuer un aller-retour à Poitiers - nous l'a fit visiter et commenta pour nous les diverses phases de la fabrication de tous les meubles d'une cuisine moderne.

M. Marbeuf, qui, quoique président de la Commission des sports du Conseil de Paris, est aussi vice-président de l'US Montmorillon, et M. Bertrand, président du club des supporters, qui assistaient également à la visite de l'usine, n'en revenaient pas en constatant l'aisance et la faculté d'adaptation de Lemenan.

 

 Grimper en C.F.A.

es mardi et jeudi, ces deux hommes et le président se retrouvent pour jeter un œil sur l'entraînement et discuter des possibilités de l'équipe.

"Évidemment, dit M. Ranger, nous allons essayer de grimper en C.F.A. Moi, qui, avant de me laisser nommer président du club, ne connaissais pas grand chose au football - je n'ai jamais eu le temps d'y jouer - je me sens pris par l'ambiance.


Mais ce qui m'inquiète, c'est qu'en C.F.A. les déplacements sont plus longs. Or, chez nous, on est à l'usine dès le lendemain. Vous me direz que je vois loin... Attendons de voir comment va se dérouler cette saison..."

 

 L'exemple pour les jeunes

. Marbeuf lui est optimiste. "Grâce à Guillot, "Pellé", Lemenan, nos jeunes vont faire très certainement de gros progrès techniques. déjà notre avant-saison a été très prometteuse avec des victoires sur Châtellerault, Limoges (C.F.A.), Nantes et un match nul avec l'Entente. Et surtout le football pratiqué était bon. C'est cela qui est encourageant."

Montmorillon compte actuellement une centaine de licenciés dont quarante-cinq jeunes. Très souvent, les deux ailiers de l'équipe première sont des cadets, Claude Lachaume et Daniel Molteau singulièrement fiers de jouer aux côtés des "maîtres techniciens" Guillot et Pellegrini, les deux inters de l'équipe. car, avec une paire d'inters de cette qualité, Montmorillon est fidèle au W.M. et un des demis n'est autre que le frère de Jean Guillot, Roland, 28 ans, qui jouait à Chatou dans le temps, travaille maintenant à l'usine et aurait pu atterrir à un moment au Stade Rennais.


Toute la région commence à avoir les yeux tournés vers Montmorillon et tous les Montmorillonnais, M. Marbeuf en tête, prétendent avec une belle assurance que "Montmorillon pratique un football bien plus agréable que Poitiers" qui opère pourtant en C.F.A.

En fait, Montmorillon, c'est la "participation" la plus complète, football-usine, l'un poussant l'autre et inversement. Et comme maintenant l'équipe intrigue tout le monde, c'est le onze de Division d'Honneur le plus sollicité de France pour jouer des matches amicaux. D'ailleurs, Montmorillon s'est engagé à recevoir Reims à la suite précisément du départ de Lemenan.

Ce jour là, il y aura avec Guillot, Pellegrini, Kopa, Muller, Lemenan et quelques autres un drôle de "plateau" dans la petite sous-préfecture qui commence à déserter la chasse - et pourtant - pour les joies du football.

 

 Une équipe jeune
Jean Guillot dispose en gros d'un effectif de 17 joueurs et son équipe type est la suivante:

Gardien : Georges Aymon, 25 ans. Il travaille aux usines Ranger.
Arrière droit : Jean Robichon, 32 ans. Employé municipal.
Arrière central : Philippe Lemenan, 26 ans et demi. Agent commercial aux usines Ranger.
Arrière gauche : Paul Murua, 24 ans. Travaille à Limoges.
Demi droit : Roland Guillot, 28 ans. Travaille à la comptabilité de l'usine.
Demi gauche : Dominique Morillon, 23 ans. Chef d'équipe à l'usine.
Ailier droit : Bernard Ponsolle, 22 ans. Vient de Limoges. Recordman d'Académie du 100 m.
Inter droit : Jean Guillot.
Avant centre : Homère Qutman, 24 ans ("un "noir" genre Touré", précise Guillot). Vient d'Angoulême.
Inter gauche : "Vanni" Pellegrini.
Ailier gauche : Jean Claude Fillon, 22 ans.

Outre ces titulaires, Guillot dispose de : Michel Surry, un inter, Guy Tartaud, un ailier, Claude Nédeau, un arrière, Jean Pierre Coutant, un ailier, Jacques Rocher, un gardien, et Jacques Machette, un inter. Actuellement tous militaires et qui ont tous joué en équipe première.

Il y a aussi Jean Morlat, un ailier ou arrière de 23 ans, Jacques Thomas, un arrière de 19 ans, Claude Lachaume et Daniel Molteau, des ailiers de 17 ans.





 - Montmorillon la terreur

 Debout de g. à dr. : Aymon, Morillon, Robichon, Murua, Guillot Roland, Thomas, Lemenan
Au 1er rang : Molteau, Guillot Jean, Ponsolle, Pellegrini, Fillion, Morlat
Manquent sur cette photo : Qutman, Lachaume, Surry, Nédeau, Tartaud, Rocher. 


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Dernière mise à jour : 04-09-2009 10:17


   
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