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Le rêve brisé
Rennes - Montmorillon
: 4 - 0
Mercredi 21 mai 1980. Toutes les
attentions de Montmorillon, mais aussi de Poitiers et de Chauvigny, sont
braquées sur Rennes. Depuis quatre jours, le comportement d’Orléans et
l’obligation de prendre un point en Bretagne ont monopolisé les
conversations. Chacun est parfaitement conscient de l’impossible exploit à
réaliser, et certains n’évoquent déjà plus la seconde division que sous
l’angle du souvenir.
Lekkak lui, n’a pas à motiver ses joueurs. A la sortie de l’hôtel
où ils ont préparé la rencontre, les visages sont fermés, et les plus
volubiles ne sont pas les moins nerveux. La crainte de jouer le maintien ici
avait souvent été évoquée. Mais on se rassurait en pensant que cette
éventualité ne pourrait se produire qu’en cas de désespoir.
C’est bel et bien ce sentiment qui anime aujourd’hui toutes les
pensées.
A quelques minutes du coup d’envoi, Monsieur Théneau, le président
de l’U.E.S.M., vient s’asseoir dans la tribune d’honneur. Son visage
naturellement jovial est cette fois de marbre, et le salut qu’il adresse du
bout de sa tribune à ses amis n’a pas la spontanéité coutumière.
Il est inquiet, beaucoup plus que les cinq mille cinq cents
personnes venues encourager Rennes à la conquête d’une place de barragiste.
Ce Montmorillon-là doit être corrigé pensent-elles.
Le schéma tactique adopté par ce dernier est tout aussi négatif que
celui présenté à Reims. En quelques minutes, les dégagements en touche et
les passes en retrait se succèdent à un rythme impressionnant. La peur colle
à la peau des joueurs.
A la onzième minute, cependant, Queyrel rabat la balle de la tête
pour Gatefait, seul face au gardien, mais il est contré, et la reprise de
Queyrel déviée en corner. L’occasion du match n’a pas été saisie. On sait
d’ores et déjà qu’il n’y en aura pas d’autre aussi belle.
Après un slalom dans la défense, Nosibor porte le premier coup
fatal en poussant la balle dans le but vide. Poinot et Delpierre échangent
un long regard triste. Ils ont compris...
Le festival des Bretons se poursuit en seconde période ; leur jeu
aéré, rapide, fait d’échanges courts ou longs, et très précis, sème le
désarroi chez les Montmorillonnais. Salliné (66e), Liorens (78e) et Malick
(89e), convertissent le tout au tableau d’affichage.
Le rêve d’un match nul s’est brisé. L’espoir du maintien demeure
quelques secondes. Les dirigeants de l’U.E.S.M. demandent l’autorisation de
téléphoner à Blois et à Châteauroux pour connaître les scores.
L’attente n’est pas longue Châteauroux a fait match nul avec
Besançon, mais possède un meilleur goal-average que Montmorillon. Idem pour
Limoges battu chez lui par Guingamp. Reste Blois, qui a battu Orléans...
Le miracle ne s’est pas produit.
Dans le vestiaire, Alain Queyrel pleure. Il va être confronté à un
choix épineux en raison des nombreuses sollicitations dont il fait l’objet.
A cet instant, l’U.E.S. Montmorillon est reléguée en troisième division.
C’est la fin d’une incroyable aventure : celle d’une équipe et de ses sept
mille cinq cents habitants.
La plus petite ville de France en seconde division n’a pu survivre,
sportivement, dans la cour de récréation des grands. Monsieur Bertrand
évoque toutefois un possible refus d’accéder de Vauban-Strasbourg...
A 22 h 30, ce mercredi 21 mai, personne ne veut accepter ses propos
sous une autre forme que celle d’une déception dont il voudrait atténuer les
effets.
Ce n’est pas Montmorillon, mais le département de la Vienne, qui
s’endort ce soir avec tristesse. C’est vrai, « ils » ne méritaient pas ça !
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