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 Samedi 17 mai 1980

Une journée de dupes
   Montmorillon - Chaumont : 2 - 0

   Dernière affiche de la saison à domicile, la rencontre Montmorillon-Chaumont a drainé trois mille deux cent quatre-vingt-quinze spectateurs jusqu’aux portes du stade. Quoiqu’il arrive, le club n’aura pas manqué financièrement le dernier rendez-vous avec son public.

   Depuis le temps que l’on parle de ce match comme d’une finale pour le maintien en seconde division, on a fini par le jouer, en rêve. Il paraît impossible aux yeux de tous que les « Macarons» dont le surnom a refleuri pour la circonstance, laissent passer leur chance. Ils ne sont pas hommes à manquer leurs grands rendez-vous.

   Celui fixé à ce samedi 17 mai entre dans la catégorie du quitte ou double. Pour l’un comme pour l’autre des deux protagonistes, la défaite serait une condamnation pure et simple à la troisième division. Une victoire, a contrario, serait principalement pour l’équipe de la Vienne, le gage du salut, si toutefois Châteauroux et Blois, qui se déplacent respectivement à Orléans et Angoulême, revenaient battus de leur périple.

   A cet instant, la chose se présente plutôt bien. Elle a même beaucoup d’allure quand Gatefait donne l’avantage à ses couleurs dès la troisième minute. Rien de tel qu’un but d’avance quand on est décidé à laisser l’adversaire découvrir ses arrières.

   De fait, Chaumont prend toutes les initiatives, mais se heurte à une défense locale intraitable.

   Le plan imaginé par Lekkak se déroule au mieux de ses prévisions. D’autant plus que Gatefait ajoute un second but après une demi-heure de jeu. Au repos, le micro annonce au stade entier que Châteauroux et Blois sont menés d’un but. Tout va alors pour le mieux dans le meilleur des mondes. Dans moins d’une heure, l’événement sera fêté avec l’importance qu’il mérite. On demandera même un tour d’honneur aux joueurs, afin de prolonger un peu cet instant d’émotion. La seconde période reprend avec un dernier sursaut des Chaumontais, qui se savent condamnés à la relégation.

   Sur ce qu’ils présentent aujourd’hui, cela paraît anormal, surtout si Blois ou Châteauroux venait à se sauver. La partie touche à sa fin avec ce baroud d’honneur des Haut-Marnais, et une nuée d’occasions de but pour les Montmorillonnais.

   Au coup de sifflet final, le public hurle sa joie ; les enfants et d’autres qui le redeviennent, envahissent le terrain pour féliciter leurs héros. Les joueurs se congratulent, lorsque... la voix empreinte d’une émotion mal contenue, Jean Bouigeon, le secrétaire du club, annonce les résultats : « A Angoulême, Angoulême 1 - Blois 1 ». Un murmure parcourt les gradins. «A Orléans, Orléans 1 - Châteauroux 4 ».

   C’est la stupeur. Les bras se baissent, la fête est finie, et l’enthousiasme douché par cette pluie de mauvaises nouvelles. Au classement, Limoges et Montmorillon ont vingt-six points, Châteauroux et Blois vingt-cinq, Lucé vingt-trois, et Chaumont vingt-deux. Les deux derniers sont effectivement relégués, mais pour le reste...

   L’ultime journée conduira Montmorillon à Rennes, alors que Châteauroux recevra Besançon, et Blois accueillera... Orléans Cet Orléans obnubilé par la coupe délaisse le championnat selon la thèse officielle. Plus d’un supporter de l’U.E.S.M. l’accepte mal, et voit dans cette attitude une volonté de condamner ses favoris !

   Dans le vestiaire, la déception laisse place à la colère ; Lemée et ses joueurs sont accusés de tous les maux. Il est trop dur de se réveiller alors que le rêve est à portée de la main.

   C’est une journée de dupes. On s’interrogera encore très tard dans la soirée sur les circonstances du match nul concédé par Angoulême à Blois, et surtout sur les raisons de l’invraisemblable déroute subie par Orléans sur son terrain ; lui qui vient de se qualifier brillamment pour les demi-finales de la Coupe de France. Comment a-t-il pu s’effondrer à ce point avec le retour aux choses du championnat ?

   C’est là une énigme dont la clef reste introuvable.

   Les esprits plus pondérés font néanmoins remarquer que le propre du football est quelquefois de jouer avec la logique. Cela n’empêche pas certains Montmorillonnais, tapis dans le vestiaire, de laisser couler une larme le long de leur visage.
 

Avec l'aimable autorisation d'Eric Cachart

Dernière mise à jour : 04-09-2009 10:17


   
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