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Une journée de dupes
Montmorillon -
Chaumont :
2 - 0
Dernière affiche de la saison à
domicile, la rencontre Montmorillon-Chaumont a drainé trois mille deux cent
quatre-vingt-quinze spectateurs jusqu’aux portes du stade. Quoiqu’il arrive,
le club n’aura pas manqué financièrement le dernier rendez-vous avec son
public.
Depuis le temps que l’on parle de ce match comme d’une finale pour
le maintien en seconde division, on a fini par le jouer, en rêve. Il paraît
impossible aux yeux de tous que les « Macarons» dont le surnom a refleuri
pour la circonstance, laissent passer leur chance. Ils ne sont pas hommes à
manquer leurs grands rendez-vous.
Celui fixé à ce samedi 17 mai entre dans la catégorie du quitte ou
double. Pour l’un comme pour l’autre des deux protagonistes, la défaite
serait une condamnation pure et simple à la troisième division. Une
victoire, a contrario, serait principalement pour l’équipe de la Vienne, le
gage du salut, si toutefois Châteauroux et Blois, qui se déplacent
respectivement à Orléans et Angoulême, revenaient battus de leur périple.
A cet instant, la chose se présente plutôt bien. Elle a même
beaucoup d’allure quand Gatefait donne l’avantage à ses couleurs dès la
troisième minute. Rien de tel qu’un but d’avance quand on est décidé à
laisser l’adversaire découvrir ses arrières.
De fait, Chaumont prend toutes les initiatives, mais se heurte à
une défense locale intraitable.
Le plan imaginé par Lekkak se déroule au mieux de ses prévisions.
D’autant plus que Gatefait ajoute un second but après une demi-heure de jeu.
Au repos, le micro annonce au stade entier que Châteauroux et Blois sont
menés d’un but. Tout va alors pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Dans moins d’une heure, l’événement sera fêté avec l’importance qu’il
mérite. On demandera même un tour d’honneur aux joueurs, afin de prolonger
un peu cet instant d’émotion. La seconde période reprend avec un dernier
sursaut des Chaumontais, qui se savent condamnés à la relégation.
Sur ce qu’ils présentent aujourd’hui, cela paraît anormal, surtout
si Blois ou Châteauroux venait à se sauver. La partie touche à sa fin avec
ce baroud d’honneur des Haut-Marnais, et une nuée d’occasions de but pour
les Montmorillonnais.
Au coup de sifflet final, le public hurle sa joie ; les enfants et
d’autres qui le redeviennent, envahissent le terrain pour féliciter leurs
héros. Les joueurs se congratulent, lorsque... la voix empreinte d’une
émotion mal contenue, Jean Bouigeon, le secrétaire du club, annonce les
résultats : « A Angoulême, Angoulême 1 - Blois 1 ». Un murmure parcourt les
gradins. «A Orléans, Orléans 1 - Châteauroux 4 ».
C’est la stupeur. Les bras se baissent, la fête est finie, et
l’enthousiasme douché par cette pluie de mauvaises nouvelles. Au classement,
Limoges et Montmorillon ont vingt-six points, Châteauroux et Blois
vingt-cinq, Lucé vingt-trois, et Chaumont vingt-deux. Les deux derniers sont
effectivement relégués, mais pour le reste...
L’ultime journée conduira Montmorillon à Rennes, alors que
Châteauroux recevra Besançon, et Blois accueillera... Orléans Cet Orléans
obnubilé par la coupe délaisse le championnat selon la thèse officielle.
Plus d’un supporter de l’U.E.S.M. l’accepte mal, et voit dans cette attitude
une volonté de condamner ses favoris !
Dans le vestiaire, la déception laisse place à la colère ; Lemée et
ses joueurs sont accusés de tous les maux. Il est trop dur de se réveiller
alors que le rêve est à portée de la main.
C’est une journée de dupes. On s’interrogera encore très tard dans
la soirée sur les circonstances du match nul concédé par Angoulême à Blois,
et surtout sur les raisons de l’invraisemblable déroute subie par Orléans
sur son terrain ; lui qui vient de se qualifier brillamment pour les
demi-finales de la Coupe de France. Comment a-t-il pu s’effondrer à ce point
avec le retour aux choses du championnat ?
C’est là une énigme dont la clef reste introuvable.
Les esprits plus pondérés font néanmoins remarquer que le propre du
football est quelquefois de jouer avec la logique. Cela n’empêche pas
certains Montmorillonnais, tapis dans le vestiaire, de laisser couler une
larme le long de leur visage.
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