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 Samedi 3 mai 1980

Une brèche dans la muraille
   Reims - Montmorillon : 3 - 0

   Il y a longtemps, déjà, que l’on est entré dans l’ultime ligne droite du championnat.

   Disputant presque une course parallèle, Montmorillon sait pour sa part que le sprint est lancé avec ce match à Reims. Reims ! Le stade Auguste-Delaune dresse au milieu de la ville les murs vieillis de ses jours de gloire envolés. Théâtre d’exploits, capitale du football français et européen, il n’est plus aujourd’hui qu’un vaste champ clos, sur lequel s’ébrouent de jeunes hommes aux lourdes responsabilités.

   Si la réalité n’était pas là pour rappeler l’importance de l’enjeu, on trouverait presque incongru de voir Montmorillon fouler l’illustre pelouse. Aucun sens péjoratif dans ces propos, seulement un sentiment bizarre, voire irréel.

   Lekkak n’a que faire, quant à lui, de ces considérations où la nostalgie prend le pas sur le présent. Il est, et c’est heureux, de plain-pied dans la réalité, et met tout en oeuvre pour que son coup de poker soit un coup gagnant.

   Ses intentions n’ont rien d’original, elles consistent simplement à dresser devant Poinot un rempart dont la seule et unique raison de vivre consistera à repousser la balle au plus loin. Toute sa conférence d’avant match porte sur cette idée forte. Alain Meunier sera le seul attaquant de pointe, et bénéficiera occasionnellement du soutien de Gatefait ; le rôle des deux hommes étant cependant d’être avant tout les premiers défenseurs.

   Les dirigeants rémois, pour lesquels Queyrel est l’avant-centre idéal, ne le verront pas aux avant-postes. Sa tâche se résume à repousser de la tête en défense tout ce qui peut l’être, et à renforcer le milieu de terrain.

   Avec de telles dispositions, le public rémois, amateur d’un jeu pétillant, va passer une bonne soirée !

   Dans le long couloir qui mène au terrain, chacun songe aux consignes qui lui ont été assignées, et dévisage ces jeunes champenois qui comptent, en moyenne, huit à neuf ans de moins que les Montmorillonnais. La plupart étaient pupilles lorsque Bajou et Grégoire débutaient en équipe première.

   Au début du match, Lekkak ne tient pas en place : « Reste là » pour celui qui veut franchir le milieu de terrain. « Dominique ! Reviens ! » pour Guichard qui a osé le faire. Ou encore « Jean-Claude, ton gars ! » à l’adresse de Ribardière, qui a « lâché » un instant la culotte de son vis-à-vis.

   Incontestablement, Reims domine, si tant est qu’il n’y ait pas de mot plus fort pour exprimer son ascendant. Mais Grégoire musèle Polaniok ; Delpierre, Queyrel, et Poinot repoussent tout, si bien que les minutes s’égrènent sur la marque lancinante de zéro à zéro.

   Une fois seulement, la chance a évité le but avant le repos, lorsque quatre tentatives ont trouvé coup sur coup le poteau, ou un défenseur sur la ligne, pour empêcher la balle de pénétrer dans le but.

   Il reste quarante-cinq minutes à tenir pour un bout de paradis. Le scénario ne varie pas, et les minutes passent : trente, puis quinze, dix enfin, et Montmorillon s’accroche à « son» point, symbole du maintien.

   En un instant, pourtant, la muraille s’ébrèche. Penault tarde à dégager, voulant laisser sortir la balle pour gagner encore quelques précieuses secondes. Il ne voit pas surgir Gianetta dans son dos, qui transmet à Polianok, seul pour fusiller Poinot. Les défenseurs s’étaient tous arrêtés...

   Pour ces secondes d’inattention, les efforts passés se sont avérés vains.

   Bajou entraîne ses partenaires à l’abordage, ce dont profitent Bertolino et Gianetta pour alourdir le score. L’effondrement est total. Lekkak se lève du banc de touche, et s’avance vers le couloir du vestiaire avant le coup de sifflet final.

   Il attend ses joueurs sans prononcer une seule parole ; celle-ci serait inutile.

   La lecture des résultats partage les opinions. Blois et Limoges ont gagné. Châteauroux et Chaumont sont battus. Avec sept réservistes, Orléans s’est incliné à Lucé. La Coupe, quand tu nous tiens...
 

Avec l'aimable autorisation d'Eric Cachart

Dernière mise à jour : 04-09-2009 10:17


   
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