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Une brèche dans la muraille
Reims - Montmorillon :
3 - 0
Il y a longtemps, déjà, que l’on
est entré dans l’ultime ligne droite du championnat.
Disputant presque une course parallèle, Montmorillon sait pour sa
part que le sprint est lancé avec ce match à Reims. Reims ! Le stade
Auguste-Delaune dresse au milieu de la ville les murs vieillis de ses jours
de gloire envolés. Théâtre d’exploits, capitale du football français et
européen, il n’est plus aujourd’hui qu’un vaste champ clos, sur lequel
s’ébrouent de jeunes hommes aux lourdes responsabilités.
Si la réalité n’était pas là pour rappeler l’importance de l’enjeu,
on trouverait presque incongru de voir Montmorillon fouler l’illustre
pelouse. Aucun sens péjoratif dans ces propos, seulement un sentiment
bizarre, voire irréel.
Lekkak n’a que faire, quant à lui, de ces considérations où la
nostalgie prend le pas sur le présent. Il est, et c’est heureux, de
plain-pied dans la réalité, et met tout en oeuvre pour que son coup de poker
soit un coup gagnant.
Ses intentions n’ont rien d’original, elles consistent simplement à
dresser devant Poinot un rempart dont la seule et unique raison de vivre
consistera à repousser la balle au plus loin. Toute sa conférence d’avant
match porte sur cette idée forte. Alain Meunier sera le seul attaquant de
pointe, et bénéficiera occasionnellement du soutien de Gatefait ; le rôle
des deux hommes étant cependant d’être avant tout les premiers défenseurs.
Les dirigeants rémois, pour lesquels Queyrel est l’avant-centre
idéal, ne le verront pas aux avant-postes. Sa tâche se résume à repousser de
la tête en défense tout ce qui peut l’être, et à renforcer le milieu de
terrain.
Avec de telles dispositions, le public rémois, amateur d’un jeu
pétillant, va passer une bonne soirée !
Dans le long couloir qui mène au terrain, chacun songe aux
consignes qui lui ont été assignées, et dévisage ces jeunes champenois qui
comptent, en moyenne, huit à neuf ans de moins que les Montmorillonnais. La
plupart étaient pupilles lorsque Bajou et Grégoire débutaient en équipe
première.
Au début du match, Lekkak ne tient pas en place : « Reste là » pour
celui qui veut franchir le milieu de terrain. « Dominique ! Reviens ! » pour
Guichard qui a osé le faire. Ou encore « Jean-Claude, ton gars ! » à
l’adresse de Ribardière, qui a « lâché » un instant la culotte de son
vis-à-vis.
Incontestablement, Reims domine, si tant est qu’il n’y ait pas de
mot plus fort pour exprimer son ascendant. Mais Grégoire musèle Polaniok ;
Delpierre, Queyrel, et Poinot repoussent tout, si bien que les minutes
s’égrènent sur la marque lancinante de zéro à zéro.
Une fois seulement, la chance a évité le but avant le repos,
lorsque quatre tentatives ont trouvé coup sur coup le poteau, ou un
défenseur sur la ligne, pour empêcher la balle de pénétrer dans le but.
Il reste quarante-cinq minutes à tenir pour un bout de paradis. Le
scénario ne varie pas, et les minutes passent : trente, puis quinze, dix
enfin, et Montmorillon s’accroche à « son» point, symbole du maintien.
En un instant, pourtant, la muraille s’ébrèche. Penault tarde à
dégager, voulant laisser sortir la balle pour gagner encore quelques
précieuses secondes. Il ne voit pas surgir Gianetta dans son dos, qui
transmet à Polianok, seul pour fusiller Poinot. Les défenseurs s’étaient
tous arrêtés...
Pour ces secondes d’inattention, les efforts passés se sont avérés
vains.
Bajou entraîne ses partenaires à l’abordage, ce dont profitent
Bertolino et Gianetta pour alourdir le score. L’effondrement est total.
Lekkak se lève du banc de touche, et s’avance vers le couloir du vestiaire
avant le coup de sifflet final.
Il attend ses joueurs sans prononcer une seule parole ; celle-ci
serait inutile.
La lecture des résultats partage les opinions. Blois et Limoges ont
gagné. Châteauroux et Chaumont sont battus. Avec sept réservistes, Orléans
s’est incliné à Lucé. La Coupe, quand tu nous tiens...
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