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 Samedi 19 janvier 1980

La mine défaite !
   Noeux-les-Mines - Montmorillon : 3 - 0

   La plus étrange des facultés que possède un supporter « digne » de ce nom est celle qui consiste à passer sans pudeur d’un sentiment à son extrême inverse. On en veut pour preuve les récriminations qui fleurissaient après la défaire à Chaumont, et les louanges qui sont décernées aux Montmorillonnais depuis la soirée mémorable du 23 décembre face à Blois. Aussi, les agapes de fin d’année à peine digérées, tous les amoureux de 1’UESM tirent les plans les plus fous sur la comète. Le début d’année n’y est pas étranger et le souffle d’espoir, qui domine en la circonstance, traduit la confiance née des bons résultats de « décembre rose ».

   Le souvenir de Nœux-les-Mines, un peu lésé à l’aller, devrait cependant inciter à un peu plus de retenue, mais sous l’effet de la griserie rien ne paraît impossible.

   Pour qui est habitué aux verts pâturages du Poitou, Nœux-les-Mines fait l’effet d’un lieu de désolation. Les maisons de brique rouge noircies par le temps et la fumée des usines confèrent un peu plus de tristesse à l’endroit que rien ne paraît pouvoir égayer. Pas même le stade, enclos privilégié dans la grisaille, bordé d’immenses terrils dont l’aspect rebutant est porteur de toutes les souffrances de la région.

   On comprend mieux, à la découverte de ces lieux, les racines de la farouche solidarité qui habite les joueurs du cru. Dans cet espace défavorisé et de plus en plus démuni de ressources, ils sont le lien d’une population habituée aux difficultés, mais néanmoins soucieuse de se distraire.

   Au mois de janvier, le Pas-de-Calais subit les rigueurs de l’hiver, et le froid perçant a planté en cette soirée des crocs plus acérés encore qu’à l’accoutumée. Habitués, les joueurs locaux portent des collants à l’inverse de leurs adversaires frigorifiés et quelque peu désorientés.

   Entièrement gelé, le terrain luit sous les projecteurs dont les reflets sur le givre de la pelouse laissent croire à une multiplication de cristaux.

   Venu défendre, Montmorillon a déjà perdu ses illusions à la mi-temps, ayant encaissé deux buts des pieds de Resola. Pour solde de tout compte, Marx en ajoute un troisième sur penalty juste après la reprise, transcrivant fidèlement l’emprise totale de ses coéquipiers sur le jeu.

   L’euphorie de fin d’année a subi un brusque coup d’arrêt, bien que les joueurs de la Vienne aient manqué en fin de match de très belles occasions de réduire le score.

   Refusant la déception, Lekkak rappelle à tout le monde le fossé qui le sépare d’une formation où opèrent des éléments aussi chevronnés que Marx, Douillet, Krawczyk ou Resola. Il ajoute : « Si nous étions capables de prendre un point ici, nous ne nous battrions pas pour le maintien ».

   La mine défaite, chacun approuve silencieusement. Le moral en a quand même pris un coup.
 

Avec l'aimable autorisation d'Eric Cachart

Dernière mise à jour : 04-09-2009 10:17


   
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