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La leçon de réalisme
Montmorillon - Tours : 2 - 3
Le temps n’est plus où la
population et les joueurs bénéficiaient d’une semaine pour revenir sur tel
but historique ou tel autre manqué.
Le championnat de seconde division a ses impératifs, et le moindre
de ceux-ci n’est pas la date des rencontres. Ainsi, moins de trois jours
après Orléans, Montmorillon a astiqué ses chaussures et lavé les équipements
pour accueillir Tours. Ce mercredi 31 octobre, tout ne va pas pour le mieux
à quelques heures du choc avec le leader. Les Montmorillonnais, qui ont tous
une activité professionnelle, ont éprouvé quelques difficultés pour se
libérer. Les « locaux » : Savatier le charcutier, Gilles Fumeron employé
municipal, Bajou et Grégoire employés dans deux banques concurrentes et
Delpierre représentant à la S.A. Ranger, ont réussi, grâce à la
compréhension de leurs employeurs, à se montrer exacts au rendez vous. Les «
Poitevins » ont pour leur part connu quelques soucis. Poinot travaille chez
un imprimeur, Gatefait est aux P.T.T., Alain Meunier est employé de banque,
Ribardière est menuisier, Serge Fumeron employé municipal comme son frère,
mais tous parviennent à rejoindre le stade en compagnie de Penault et
Queyrel, les deux étudiants de la bande. Quoi qu’il en soit, ce n’est
assurément pas la meilleure manière pour préparer une rencontre de cette
importance. La pluie qui n’a cessé de tomber sur le département a rendu la
pelouse grasse, et freiné l’ardeur des spectateurs, bien que ceux-ci soient
trois mille trois cent dix-neuf à s’être présentés aux guichets.
Avec Queyrel aux avant-postes, l’équipe paraît armée pour
l’exploit. Hélas, dès la quinzième minute, le buteur montmorillonnais quitte
la pelouse, se ressentant de sa cheville douloureuse, non sans avoir
auparavant expédié au-dessus de la barre une reprise de la tête, que le
stade entier avait décoché en sa compagnie. Après avoir évolué stoppeur,
arrière latéral et milieu de terrain, Michel Grégoire fait son entrée au
centre de l’attaque. Un poste qu’il n’a pas occupé depuis une dizaine
d’années.
La prestation d’ensemble est agréable. Ferrigno répond à Alain
Meunier qui avait ouvert la marque, et l’on sent bien que l’indécision
planera jusqu’au bout pour désigner un vainqueur.
La seconde période vient à peine de débuter quand Grégoire tente un
lob sur Dusé venu à sa rencontre, mais la balle effleure le poteau... à
l’extérieur. C’est peut-être le tournant de la partie, car Ben Saïd prouve
par la suite qu’il a peaufiné les qualités qui étaient siennes quand il
évoluait dans la Vienne. En l’espace de deux minutes, l’ex-sociétaire de
Châtellerault pétrifie le public en réussissant deux débordements. L’un, sur
l’aile droite, est repris par Dossevi. L’autre, sur l’aile gauche, est
converti en but par Ferrigno. Avec deux buts d’avance, Tours croit avoir
fait l’essentiel. Les spectateurs, transis de froid et glacés par la pluie
fine et drue qui les pénètre jusqu’à l’âme, oublient ces conditions
défavorables lorsque Gatefait réduit le score après avoir résisté à la meute
de ses poursuivants.
Malgré une domination sans précédent, malgré le déferlement
d’offensives et les clameurs de la foule, Montmorillon ne parvient pas à
égaliser. Il subit sa première défaite à domicile en même temps qu’il reçoit
une leçon de réalisme.
Couverts de boue et ruisselants d’une sueur grasse, les joueurs
s’effondrent dans le vestiaire, perdus dans le songe d’une partie dont ils
n’ont pu maîtriser tout à fait le destin. Combattants héroïques, ils ont
ravi leurs fidèles, qui se promettent de revenir bientôt célébrer avec eux
la grand’messe de la route d’Haims.
Quinzième avec neuf points, Montmorillon ne devance Lucé que par le
biais du goal-average. De son côté, Tours occupe seul la première place du
championnat, et voit déjà un peu la vie en rose.
Un contraste, pourtant, à l’heure du dîner : la formation dirigée
par Lekkak, vaincue, retrouve son ardeur à table et renforce son unité pour
les batailles à venir ; celle entraînée par Phélippon, reine de la saison,
ne dit mot, et ne se retrouve en commun que par nécessité. Au bout de la
table, Ben Saïd redresse les mèches de sa chevelure bouclée, l’oeil noir,
fixé dans le vague. Il y a de l’amertume dans son regard qui traduit un
certain mal à vivre en ce milieu. |