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 Mercredi 31 octobre 1979

La leçon de réalisme
   Montmorillon - Tours : 2 - 3

   Le temps n’est plus où la population et les joueurs bénéficiaient d’une semaine pour revenir sur tel but historique ou tel autre manqué.

   Le championnat de seconde division a ses impératifs, et le moindre de ceux-ci n’est pas la date des rencontres. Ainsi, moins de trois jours après Orléans, Montmorillon a astiqué ses chaussures et lavé les équipements pour accueillir Tours. Ce mercredi 31 octobre, tout ne va pas pour le mieux à quelques heures du choc avec le leader. Les Montmorillonnais, qui ont tous une activité professionnelle, ont éprouvé quelques difficultés pour se libérer. Les « locaux » : Savatier le charcutier, Gilles Fumeron employé municipal, Bajou et Grégoire employés dans deux banques concurrentes et Delpierre représentant à la S.A. Ranger, ont réussi, grâce à la compréhension de leurs employeurs, à se montrer exacts au rendez vous. Les « Poitevins » ont pour leur part connu quelques soucis. Poinot travaille chez un imprimeur, Gatefait est aux P.T.T., Alain Meunier est employé de banque, Ribardière est menuisier, Serge Fumeron employé municipal comme son frère, mais tous parviennent à rejoindre le stade en compagnie de Penault et Queyrel, les deux étudiants de la bande. Quoi qu’il en soit, ce n’est assurément pas la meilleure manière pour préparer une rencontre de cette importance. La pluie qui n’a cessé de tomber sur le département a rendu la pelouse grasse, et freiné l’ardeur des spectateurs, bien que ceux-ci soient trois mille trois cent dix-neuf à s’être présentés aux guichets.

   Avec Queyrel aux avant-postes, l’équipe paraît armée pour l’exploit. Hélas, dès la quinzième minute, le buteur montmorillonnais quitte la pelouse, se ressentant de sa cheville douloureuse, non sans avoir auparavant expédié au-dessus de la barre une reprise de la tête, que le stade entier avait décoché en sa compagnie. Après avoir évolué stoppeur, arrière latéral et milieu de terrain, Michel Grégoire fait son entrée au centre de l’attaque. Un poste qu’il n’a pas occupé depuis une dizaine d’années.

   La prestation d’ensemble est agréable. Ferrigno répond à Alain Meunier qui avait ouvert la marque, et l’on sent bien que l’indécision planera jusqu’au bout pour désigner un vainqueur.

   La seconde période vient à peine de débuter quand Grégoire tente un lob sur Dusé venu à sa rencontre, mais la balle effleure le poteau... à l’extérieur. C’est peut-être le tournant de la partie, car Ben Saïd prouve par la suite qu’il a peaufiné les qualités qui étaient siennes quand il évoluait dans la Vienne. En l’espace de deux minutes, l’ex-sociétaire de Châtellerault pétrifie le public en réussissant deux débordements. L’un, sur l’aile droite, est repris par Dossevi. L’autre, sur l’aile gauche, est converti en but par Ferrigno. Avec deux buts d’avance, Tours croit avoir fait l’essentiel. Les spectateurs, transis de froid et glacés par la pluie fine et drue qui les pénètre jusqu’à l’âme, oublient ces conditions défavorables lorsque Gatefait réduit le score après avoir résisté à la meute de ses poursuivants.

   Malgré une domination sans précédent, malgré le déferlement d’offensives et les clameurs de la foule, Montmorillon ne parvient pas à égaliser. Il subit sa première défaite à domicile en même temps qu’il reçoit une leçon de réalisme.

   Couverts de boue et ruisselants d’une sueur grasse, les joueurs s’effondrent dans le vestiaire, perdus dans le songe d’une partie dont ils n’ont pu maîtriser tout à fait le destin. Combattants héroïques, ils ont ravi leurs fidèles, qui se promettent de revenir bientôt célébrer avec eux la grand’messe de la route d’Haims.

   Quinzième avec neuf points, Montmorillon ne devance Lucé que par le biais du goal-average. De son côté, Tours occupe seul la première place du championnat, et voit déjà un peu la vie en rose.

   Un contraste, pourtant, à l’heure du dîner : la formation dirigée par Lekkak, vaincue, retrouve son ardeur à table et renforce son unité pour les batailles à venir ; celle entraînée par Phélippon, reine de la saison, ne dit mot, et ne se retrouve en commun que par nécessité. Au bout de la table, Ben Saïd redresse les mèches de sa chevelure bouclée, l’oeil noir, fixé dans le vague. Il y a de l’amertume dans son regard qui traduit un certain mal à vivre en ce milieu.

Avec l'aimable autorisation d'Eric Cachart


  Voir aussi :
Stoïques malgré la boue et la défaite (1er novembre 1979)

Dernière mise à jour : 04-09-2009 10:17


   
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