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"On a ga-gné !"
Montmorillon - Besançon : 1 - 0
Au cours de la semaine qui a suivi le
déplacement limousin, Lekkak n'a guère laissé à ses hommes le temps de
songer au passé, en multipliant les séances d’entraînement très poussées, et
celles-ci ont constitué un décrassage à la fois moral et physique. Il est
vrai que tout son monde devra être en pleine possession de ses moyens s’il
veut décrocher le rêve poussiéreux d’un premier succès aux dépens de
Besançon. Ce dernier a, dit-on, de grosses ambitions, et l’a prouvé en
allant s’imposer 5-1 à Guingamp. Excusez du peu !
On ne sait s’il en est de même à Brest, mais il pleut depuis le
matin sur Montmorillon qui forge sereinement les armes de sa victoire. Deux
mille trois cents personnes bravent une nouvelle fois les intempéries pour
voir si leurs protégés vont parvenir à leur dessein face à une formation qui
possède en Bernad, Raspollini, Martinez et Bialas, des habitués aux joutes
de plus haut niveau.
De son côté, Lekkak n’a que des joueurs dont la réputation a au
mieux franchi les limites du département. La trentaine passée, Jacques Bajou
est tout juste de ceux-là, quoiqu’il porte le maillot de l’U.E.S.M. depuis
une dizaine d’années. Grégoire suspendu pour trois matches, Ribardière
convalescent et Patrick Meunier peu convaincant, le milieu de terrain est
singulièrement dégarni. Bajou porte donc le numéro six au coup d’envoi, et
effectue ses débuts en seconde division par la grande porte, lui qui pensait
ne pouvoir être à son âge qu’un douzième homme, une roue de secours pour un
carrosse déjà attelé.
Il s’acquitte non seulement fort bien de sa tâche, mais connaît de plus
l’ivresse de la victoire grâce à un but de Queyrel, obtenu après une heure
de jeu, qu’il défendra de toute son énergie. Son entrée a, par conséquent,
été doublement remarquée. L’une des deux raisons sera probablement un bon
prétexte à ce qu’il offre le champagne dans le vestiaire... Depuis neuf
semaines qu’il s’entraînait, le public a enfin chanté qu’il avait gagné.
Cette association, voire cette communion avec les joueurs a un côté bon
enfant. Elle n’en traduit pas moins l’orgueil de voir Montmorillon, aux
petits moyens, imposer sa superbe aux nantis. Toute une population se sent
soudainement encore plus concernée qu’elle ne l’était auparavant. Il y a
longtemps, sans doute, que l’équipe est un moyen de venger inégalités
sociales ou vexations administratives ; ce soir, elle a libéré les siens,
qui poursuivront jusqu’au petit matin les chants et les rires.
Ce « ON A GA-GNE» aux accents patriotiques est peut-être tout
bonnement de la joie de vivre !
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