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Un drôle de sport
Limoges - Montmorillon : 2 - 0
On a beau être vaillant et donner sans cesse le
maximum de soi-même, il est agréable de temps à autre d’en être récompensé
par une victoire. Le second derby de la semaine ne se présente pas,
cependant, sous les meilleurs auspices ; Ribardière est blessé, et Queyrel
se plaint de l’épaule gauche depuis le match de samedi dernier.
La recherche d’un premier succès chez le voisin limougeaud relève
en quelque sorte de la fantaisie, et l’on s’inquiète même, du déroulement
que pourrait connaître la rencontre si par hasard Montmorillon perdait un
peu de son enthousiasme. Certes, l’apport de supporters, n’ayant pas hésité
à effectuer le court déplacement, sera un gage de non dépaysement ; mais
tout aussi volubiles soient-ils ceux-ci n’auront pas à préserver le but de
Poinot inviolé.
Parfois viril, mais d’une qualité très faible, le jeu pratiqué par
les deux formations est à la fois soporifique, parce que l’on s’ennuie ferme
dans la tribune, mais aussi amusant, parce que Monsieur Riffaud, l’arbitre,
prend un curieux plaisir à se substituer à ses assesseurs de la touche, les
contredisant volontiers ; si bien que les joueurs ne savent plus pourquoi
ils sont ou ne sont pas hors-jeu.
Faute de football, c’est le billard qui devient roi. Expert en la
matière, le jeune avant-centre du L.F.C., Quesney, joue avec les bandes,
fait une belle série, et termine ce joli spectacle par un but de la tête.
Ceux qui croient alors que le match va s’animer en sont pour leurs frais,
d’autant que Montmorillon doit pallier le manque de combativité sur le front
de l’attaque de Queyrel, dont l’épaule a été martyrisée d’entrée par Wojcik,
et la grande nervosité de Patrick Meunier, promu milieu de terrain. Seul
éclair dans la grisaille, Liotard ajoute un second but au terme d’une belle
action collective, quoique Delpierre ait commis une légère faute
d’inattention.
On se dirige tout doucement vers la fin du match, ce qui n’est pas
fait pour déplaire aux observateurs, las de tant d’indigence technique et
collective. Si le billard a remplacé momentanément le football en première
période, l’issue de la seconde mi-temps s’effectue sous forme de pugilat. A
l’origine, Grégoire tacle Quesney sous l’oeil de Monsieur Riffaud, lequel
laisse jouer bien que le Limougeaud ait sèchement tâté de l’odeur parfumée
de rosée de la
pelouse.
La décision de l’un ne concorde pas avec le sentiment de l’autre qui
accourt, menaçant, vers son présumé agresseur. Tout se passe alors très vite
et... Quesney quitte le terrain sur une civière. Carton jaune pour Grégoire,
ce qui est somme toute gentil, et bordée d’injures du public, ce qui l’est
moins.
Au coup de sifflet final les crachats disputent aux boîtes de
bières le droit d’atteindre les Montmorillonnais. Ce drôle de sport qu’est
décidément le football se termine en corrida avec poursuite du taureau dans
les rues de la ville. On assiste au spectacle affligeant de sportifs
rejoignant leur véhicule sous la protection des forces de l’ordre. Les
chaussures à crampons sont prêtes à devenir des masses d’armes, mais elles
ne serviront fort heureusement pas. Lekkak racontera les sorties du stade à
Tottenham ou Lisbonne quand il évoluait à Lyon... Un peu de gaîté pour clore
la soirée. Il n’empêche qu’après huit journées, Montmorillon occupe la
seizième place avec cinq points et autant de matches nuls.
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