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 Samedi 29 septembre 1979

Un drôle de sport
   Limoges - Montmorillon : 2 - 0

  
On a beau être vaillant et donner sans cesse le maximum de soi-même, il est agréable de temps à autre d’en être récompensé par une victoire. Le second derby de la semaine ne se présente pas, cependant, sous les meilleurs auspices ; Ribardière est blessé, et Queyrel se plaint de l’épaule gauche depuis le match de samedi dernier.

   La recherche d’un premier succès chez le voisin limougeaud relève en quelque sorte de la fantaisie, et l’on s’inquiète même, du déroulement que pourrait connaître la rencontre si par hasard Montmorillon perdait un peu de son enthousiasme. Certes, l’apport de supporters, n’ayant pas hésité à effectuer le court déplacement, sera un gage de non dépaysement ; mais tout aussi volubiles soient-ils ceux-ci n’auront pas à préserver le but de Poinot inviolé.

   Parfois viril, mais d’une qualité très faible, le jeu pratiqué par les deux formations est à la fois soporifique, parce que l’on s’ennuie ferme dans la tribune, mais aussi amusant, parce que Monsieur Riffaud, l’arbitre, prend un curieux plaisir à se substituer à ses assesseurs de la touche, les contredisant volontiers ; si bien que les joueurs ne savent plus pourquoi ils sont ou ne sont pas hors-jeu.

   Faute de football, c’est le billard qui devient roi. Expert en la matière, le jeune avant-centre du L.F.C., Quesney, joue avec les bandes, fait une belle série, et termine ce joli spectacle par un but de la tête. Ceux qui croient alors que le match va s’animer en sont pour leurs frais, d’autant que Montmorillon doit pallier le manque de combativité sur le front de l’attaque de Queyrel, dont l’épaule a été martyrisée d’entrée par Wojcik, et la grande nervosité de Patrick Meunier, promu milieu de terrain. Seul éclair dans la grisaille, Liotard ajoute un second but au terme d’une belle action collective, quoique Delpierre ait commis une légère faute d’inattention.

   On se dirige tout doucement vers la fin du match, ce qui n’est pas fait pour déplaire aux observateurs, las de tant d’indigence technique et collective. Si le billard a remplacé momentanément le football en première période, l’issue de la seconde mi-temps s’effectue sous forme de pugilat. A l’origine, Grégoire tacle Quesney sous l’oeil de Monsieur Riffaud, lequel laisse jouer bien que le Limougeaud ait sèchement tâté de l’odeur parfumée de rosée de la pelouse. La décision de l’un ne concorde pas avec le sentiment de l’autre qui accourt, menaçant, vers son présumé agresseur. Tout se passe alors très vite et... Quesney quitte le terrain sur une civière. Carton jaune pour Grégoire, ce qui est somme toute gentil, et bordée d’injures du public, ce qui l’est moins.

   Au coup de sifflet final les crachats disputent aux boîtes de bières le droit d’atteindre les Montmorillonnais. Ce drôle de sport qu’est décidément le football se termine en corrida avec poursuite du taureau dans les rues de la ville. On assiste au spectacle affligeant de sportifs rejoignant leur véhicule sous la protection des forces de l’ordre. Les chaussures à crampons sont prêtes à devenir des masses d’armes, mais elles ne serviront fort heureusement pas. Lekkak racontera les sorties du stade à Tottenham ou Lisbonne quand il évoluait à Lyon... Un peu de gaîté pour clore la soirée. Il n’empêche qu’après huit journées, Montmorillon occupe la seizième place avec cinq points et autant de matches nuls.
 

Avec l'aimable autorisation d'Eric Cachart

Dernière mise à jour : 04-09-2009 10:17


   
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