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 Samedi 22 septembre 1979

La première de Patrick
   Montmorillon - Châteauroux : 2 - 2

  
Comme on se retrouve ! Après deux matches amicaux soldés par autant de résultats nuls, Montmorillon retrouve Châteauroux sur le stade de la route d’Haims. Cette « belle » est diversement commentée. Les optimistes attendent de cette septième journée qu’elle apporte le premier succès, et affirment que la Berrichonne, moins bien partie que les « Macarons », ne sera pas un rival périlleux. Les autres basent leur raisonnement sur l’incertitude d’un derby, sachant que toute la population du Blanc et de ses alentours ne donnera ses faveurs qu’au plus méritant. Enfin, la présence de Delestre, l’ex Lyonnais, au centre de l’attaque castelroussine, n’incite personne à la décontraction. C’est bien ce problème qui tourmente Patrick Meunier. A vingt ans, il a quitté le F.C. Tours au début de la saison, et fait, depuis, quelques apparitions en équipe première. Ce soir, Savatier est souffrant, si bien que Grégoire est devenu arrière latéral. Lekkak a besoin d’un stoppeur athlétique et lui fait appel. Il aura donc la redoutable charge de Delestre, avec pour mission de le neutraliser. Ce ne sont pas tant les deux mille cinq cent spectateurs qui l’effraient, ou même la réputation de son adversaire ; non, c’est une vilaine grippe qui le rend fiévreux et lui donne les jambes molles. Son appréhension s’estompe néanmoins au fil des minutes, d’autant que Gatefait a ouvert la marque dès la dixième minute. « Il est lourd, ce Delestre, mais pour l’instant, on ne l’a pas beaucoup vu ! » pense-t-il.

   Les copains, devant, se créent d’innombrables occasions et, qui sait, peut-être est-il en passe de gagner ses galons de titulaire avec une première victoire. Il y songe trop sans doute, au point que le fameux Delestre prend tout le monde à contre-pied, et s’en vient fusiller Poinot à quelques minutes du repos. La gamberge s’installe, mais, par bonheur, Queyrel exécute Olejnik de la tête à la soixante-cinquième minute. « Il faut tenir maintenant » doit se murmurer Patrick Meunier, alors que ses coéquipiers manquent occasion sur occasion. Il ne reste plus que cinq, quatre, trois minutes avant de prendre une douche bienfaitrice. Revoilà Delestre noyé dans un agglomérat de pieds ; il les évite, laisse l’homme chargé de l’arrêter couché sur l’herbe, et glisse la balle au fond du but. Un coup de massue n’aurait pas d’autre effet.

   A l’issue, Troupel, l’entraîneur de Châteauroux, félicite ses joueurs, et affirme que les Montmorillonnais seront durs à battre chez eux. De leur côté, Lekkak et ses joueurs fustigent cette inattention sur la fin. Dans un coin, Patrick Meunier se rhabille sans prononcer un mot. Dans sa tête, la moustache de Delestre le nargue avec cruauté. Il se revoit étendu, les bras en croix, sacrifié sur l’autel de ses illusions. Il a du tempérament, mais sa plaie au coeur restera longtemps ouverte.
 

Avec l'aimable autorisation d'Eric Cachart

Dernière mise à jour : 04-09-2009 10:17


   
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