|
Bansaye, le kamikaze
Le Havre - Montmorillon : 2 - 0
Si le déplacement à Blois ne posait aucun
problème, celui du Havre, par sa longueur, a contraint Lekkak à fixer le
départ au vendredi après-midi. Il a donc fallu que chaque joueur grignote
quelques heures sur son temps de congé estival pour être libre. Le voyage se
fait en car, agrémenté de parties de tarots ou de belote acharnées, dans
lesquelles Lekkak démontre qu’il a du métier en tout...
Bien loin d’être une station balnéaire, Le Havre impose à tous ses
massives constructions de l’après-guerre, dont le mauvais goût ne s’est pas
embelli avec l’usage du temps. Le stade est en chantier, égayé par les
fauteuils multicolores des tribunes neuves. Ils sont cependant près de huit
mille à se frayer un passage entre les tubes et les poutres métalliques.
Quoi qu’il arrive, ainsi, Montmorillon ne rentrera pas bredouille et
empochera l’équivalent de certains matches qu’il organisait en troisième
division. Lekkak a innové, remplaçant Gilles Fumeron par Le Coarer, buteur
de la 1B, travaillant malheureusement à Paris, et ne pouvant s’entraîner
avec l’équipe fanion.
La prudence est de mise ; Queyrel évolue comme milieu de terrain et
prête souvent renfort à ses défenseurs. Ceux-ci en éprouvent un sérieux
besoin, surtout Serge Fumeron, solide parmi les solides, qui agite les bras
en signe de S.0.S., ne sachant plus comment stopper l’élan de Bansaye, son
vis-à-vis ailier droit. Ce dernier, de retour de Mexico, où il a évolué avec
l’équipe de France universitaire, a empli ses poumons en altitude, et
survole le débat.
Delpierre, Penault, viennent tour à tour prêter main-forte à leur
coéquipier. En vain, kamikaze normand, Bansaye pique sur son aile droite
avec autant de vélocité que d’intelligence. A la trente-cinquième minute, il
ponctue l’un de ses raids par un centre en retrait meurtrier pour Poinot.
Besnet, moins sot que son nom l’indique, pousse la balle au fond des filets.
Le festival ne s’arrête pas là, si bien qu’après une
heure
de jeu, le même Bansaye crucifie Poinot par un tir d’une violence inouïe,
laissant à Montmorillon le temps de l’admirer. Le jeu stéréotypé des joueurs
de la Vienne, qui recherchent systématiquement la tête de Queyrel, se brise
sur le crâne de Creignou, un blond stoppeur aux allures de Viking. En fin de
match, Alain Meunier écrase une reprise de volée sur la barre transversale.
Dernière occasion, dans la confusion des altercations entre Garnier et
Savatier, cependant que Delpierre écope d’un avertissement pour avoir montré
à l’arbitre la traînée rouge laissée par les crampons de Douis !
L’équipe est non seulement battue, mais encore apprend-elle ce que
doit être la discipline. Lekkak «explique» la conduite à tenir par un
sportif de haut niveau après un match. C’est pourtant chez lui, à Alençon,
que la colonie montmorillonnaise noiera son amertume dans la nuit autour
d’une coupe de champagne. On n’a pas fini de voir Gatefait imiter Delpierre,
et Poinot raconter sa tournée avec l’équipe de France amateurs dans le
Pacifique. On se remet des émotions causées par Bansaye en apprenant ce
qu’est un poisson volant... |