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Une maigre récompense
Montmorillon - Lucé : 1 - 1
Avec un point pour deux matches, Montmorillon a fait une entrée timide en
seconde division, presque sur la pointe des pieds de peur de déranger. On a
loué ses qualités morales devant Rennes, félicité l’ampleur de ses
mouvements offensifs à Quimper et, en conséquence, chacun attend que la
dernière soirée d’août face au modeste Lucé soit le prétexte à une avalanche
de buts.
Longtemps tenaillé par le désir de jouer, Ribardière a obéi aux
injonctions de son épouse. Il se marie et peut difficilement quitter la noce
quel que soit son plaisir de taper dans la balle. Guichard ne s’est pas fait
prier pour endosser le numéro huit que lui tendait Lekkak.
Le trésorier du club regarde avec satisfaction les quelques deux
mille personnes s’entasser dans les gradins. Bref, Montmorillon est heureux
d’être à la place où il se trouve, et tous espèrent que la réjouissance va
se muer en fête.
Tout contribue incontestablement à ce qu’il en soit ainsi.
L’ensemble local récite sa partition sans fausse note, et Gatefait tient à
merveille un rôle de soliste pour lequel il a sans doute des
prédispositions. Un homme, cependant, n’entend pas les choses de cette façon
: le gardien lucéen Fréselle. D’ordinaire remplaçant, il veut prouver à son
entraîneur qu’il en vaut un autre, si bien que Guichard, Meunier ou Queyrel
le trouvent à chaque fois à la réception de leurs essais.
Il faut enfin une reprise acrobatique de Queyrel pour que le public
soit débridé.
A un quart d’heure de l’issue, Montmorillon maintient les
Beaucerons sous son joug, et personne n’envisage une conclusion autre qu’une
victoire. C’est oublier qu’un arbitre — au métier difficile — n’en est pas
moins un homme, et qu’il peut omettre de regarder son juge de touche.
Chastin profite de l’aubaine pour glisser la balle à Gisbert, qui la pousse
au fond du but. Le tour est joué à... la quatre-vingt septième minute.
Autant la récompense aux efforts prodigués apparaît bien maigre, autant la
colère des Montmorillonnais est grande. Lekkak stigmatise le manque
d’attention de ses protégés, mais se réjouit de la puissance morale et
collective qui les anime. « Ça finira par payer », ajoute-t-il pour
convaincre ses interlocuteurs.
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